Le son de la harpe

Le programme de cette édition 2015 est tout entier fidèle aux désirs et à la volonté de Thierry Scherz, son directeur musical, tragiquement disparu l’été dernier : c’est lui qui avait établi l’essentiel de la programmation ; c’est lui qui avait choisi d’inviter Ivan Fedele comme compositeur en résidence, et de confier à Emmanuel Ceysson le rôle de mentor pour les jeunes harpistes. Soulignons que lors des Sommets Musicaux de 2005, Emmanuel Ceysson avait été distingué par le prix des jeunes musiciens, enregistrant ainsi son premier disque avec orchestre.

Si la harpe, cette année, est l’instrument du festival, c’est donc aussi par la volonté de son directeur musical. Qu’est-ce que la harpe ? Un instrument à cordes pincées, qui existe depuis des temps immémoriaux, inséparable des civilisations les plus anciennes et les plus diverses (Babylone, l’Égypte ancienne, l’Inde, la Chine). La harpe moderne a bien sûr ses spécificités : munie de pédales qui lui permettent de modifier la longueur des cordes pour couvrir toute la gamme chromatique, elle s’est adaptée à l’évolution de la musique occidentale. Mais pour autant, elle n’a pas rompu avec son passé. Le secret de son charme envoûtant, irrésistible, ne réside-t-il pas dans son timbre même, toujours discret, toujours voilé, toujours venu des brumes et des lointains, toujours semblable au son de ces « cloches à travers les feuilles » dont parle Claude Debussy, fervent amoureux de l’instrument ?

Oui, le son de la harpe est en lui-même le souvenir d’un son. Comme si son timbre créait en nous le sentiment, délicat et poignant, d’une présence lointaine. Comme s’il était à lui seul l’expression sensible, le témoin vivant de civilisations englouties. La voix de la harpe, n’est-ce pas la voix de la disparition ? Mieux que tous les autres instruments, ne nous dit-elle pas, avec son élégance cristalline et fragile, que la musique la plus vive, la plus proche, la plus palpable, est en même temps la plus inaccessible ; hors de notre portée, impossédable, et perdue comme le sont toujours les paradis ?

Présence lointaine, oui, présence inaccessible, mais présence tout de même. Tel est aussi pour nous le souvenir de notre ami Thierry Scherz, dont on ne peut s’empêcher de penser qu’il a choisi la harpe pour nous faire pressentir ce qu’il est désormais pour nous : comme cette musique venue d’ailleurs, d’un lieu que nous ne pouvons atteindre, mais qui tout de même nous est offerte, tout de même nous accompagne, et nous donne de la joie.


Prix André Hoffmann

Pablo Ferrández

Dotée de CHF 5'000 et récompensant la meilleure interprétation d'une oeuvre de Benjamin Yusupov (Compositeur en résidence 2014), le Prix André Hoffmann à été attribué au Duo Ping & Ting.

Prix Pro Scientia et Arte

Kian Soltani

C'est à l'unanimité que le Prix pro Scientia et Arte à été attribué au Duo Lidija et Sanja Bizak et permettra au duo français d'enregistrer avec l'Orchestre Philharmonique de Stuttgart sous la baguette de Radoslaw Szulc en septembre prochain. Ce prix est décerné pour la première fois en 2014 et continue la tradition établie avec le Prix Groupe Edmond de Rothschild.

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